14 juil '17

Le brogue de la vallée de l'Outaouais

Au début du XIXe siècle, les Européens ont commencé à s'installer dans la vallée supérieure de l'Outaouais, attirés par l'abondance du bois d'œuvre et par le commerce de la fourrure en effervescence. Les Français ont été les premiers habitants européens à explorer les berges de la rivière des Outaouais, puis à finir par s'y installer, fondant des colonies aussi loin vers le nord-ouest que Fort-Coulonge. À la suite de la Guerre de 1812, les Britanniques ont cherché à coloniser les terres entourant la rivière des Outaouais afin de veiller à ce que les Américains ne soient pas tentés de s'aventurer vers le nord. La confluence de la rivière de l'Outaouais et du fleuve Saint-Laurent a à l'origine été colonisée par les Français, puis peu après par les immigrants écossais par voie de concessions de terres et de patronage de la Couronne britannique.


L'immigration a commencé pour de bon dans la vallée supérieure de l'Outaouais en 1823, lorsque les Écossais et les Irlandais se sont installés dans la région à la suite d'initiatives prises par Peter Robinson et Archibald McNab. L'immigration irlandaise s'est poursuivie jusqu'à la période de 1870 à 1880. En 1858, les Cachoubes, un peuple slave de ce qui est aujourd'hui le nord de la Pologne, se sont installés le long du chemin Opeongo, fondant des colonies à Barry's Bay, Killaloe et Wilmo. Des luthériens allemands se sont installés entre Pembroke et Petawawa au cours de la même période. Par conséquent, la vallée supérieure de l'Outaouais est devenue une région relativement isolée où se sont maintenues les cultures et les traditions des terres d'origine de ses habitants. Les immigrants irlandais étaient plus nombreux que les autres groupes; toutefois, au fil du temps, les accents des populations distinctes de la vallée ont créé un dialecte que l'on est venu à appeler le twang, ou brogue, de la vallée de l'Outaouais. Il en est découlé une enclave linguistique distincte composée de fondements qui sont à dominance irlandaise et écossaise, mais qui sont aussi influencés grandement par des contributions germaniques, slaves et françaises.


Le brogue s'est fait plus prononcé ou plus épais (ou « thicker », mot que l'on aurait prononcé tikker) en se dirigeant vers le nord-ouest à partir de la confluence du Saint-Laurent et de l'Outaouais en direction de Petawawa et du parc Algonquin. L'inflexion est plus distincte dans une région qui est définie par la liaison entre Pembroke, Arnprior, Killaloe et Almonte, et elle s'affaiblit au fur et à mesure que l'on se dirige vers le nord-ouest.


Entre autres caractéristiques phonologiques, on trouve l'avancement de la voyelle /ɑːr/ (start, barn, star) et le rehaussement des sons /aɪ/ (ride, fine, pie) et /aʊ/ (mouth, loud, down, how) dans tous les contextes. Ces particularités ne sont pas sans rappeler l'anglais irlandais et écossais. Le twang change légèrement à mesure que l'on se déplace vers le nord. La phonologie écossaise à Carleton Place et à Perth bascule visiblement vers l'influence irlandaise dans le comté de Renfrew. Dans le comté de Lanark, le mot ben sert à désigner ce qui est communément appelé un salon, tandis que dans le comté de Renfrew, on emploie le terme parlour. Peut-être que le meilleur exemple de l'influence irlandaise est l'inclusion de l'expression « for to » dans le dialecte. Il s'agit d'une caractéristique syntaxique où le mot « for » est ajouté au mot « to » avant les verbes à l'infinitif. En voici des exemples : « I took the truck into town for to get a two-four and some supplies for the weekend » (J'ai été en ville avec le camion pour chercher une caisse de 24 et des fournitures pour la fin de semaine); « Let's stay in, for to go out will be too dear » (Restons à l'intérieur, car il en coûterait trop cher de sortir).


Le twang de la vallée de l'Outaouais est sans doute sur le déclin. Alors que la vallée développe des collectivités satellitaires qui sont facilement accessibles de la région métropolitaine d'Ottawa, et avec la hausse de l'utilisation d'Internet et de la consommation de médias numériques, l'assimilation par l'anglais canadien standard est en cours dans la campagne et les villages. Le twang de la vallée de l'Outaouais est un exemple typique de la façon dont le dialecte évolue et devient dilué alors que le monde des communications se fait de plus en plus interrelié.


Voici un tableau d'expressions familières et d'autres expressions courantes de la vallée de l'Outaouais.

Expression Sens
A fair piece Une grande distance
Aigs Œufs
Auld (Owled) Vieux
Bellyachin Se plaindre
Rip, tear or tot Une buverie prolongée
Boink Banque
Bucko Un garçon
Boosh Buisson
Cam Calme
Care Voiture
Cook (cool) Cuisine (livre de)
Fair to middlin Je ne vais pas mal.
Gidday Bonjour ou bonne journée
Gum boots Bottes de caoutchouc
Kittle Bouilloire
Look't here Portez attention!
Mickey Un flacon de boisson alcoolisée
Mucky-muck Une personne d’autorité
A pint Une bouteille de bière
Nary Pratiquement pas
Quite Calme
Shake a shoe Danser
Skallywag Chenapan
Skedadle Dépêcher
Skeeters Moustiques
Snort or swig Un coup de whisky
Tak'em down a peg or two Donne-lui une leçon d’humilité
Tirty tree 33
Up the line Plus loin en remontant la vallée
Winder Fenêtre
Warsh Laver

http://www.ottawavalleyculture.ca/ottawa-valley-stories/culture-and-hertiage/the-valley-s-diverse-cultures-4337.html

http://dialect.topography.chass.utoronto.ca/CanEng-Week7.ppt

https://en.wikipedia.org/wiki/Ottawa_Valley_English

À propos de l’auteur

Jason, un auteur accompli, apporte des compétences diversifiées au GTMK. Il est entré en fonction comme adjoint à la recherche, puis, après avoir séjourné à l’étranger, il est revenu au sein de l’équipe en 2008 comme gestionnaire des Projets spéciaux. En cette qualité, Jason gère actuellement les projets spéciaux du GTMK, en prêtant une attention particulière au perfectionnement des employés, à la formation, aux demandes de traduction multimédias et à d’autres possibilités à grande échelle ou requérant des compétences particulières.

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